Du blé dur bientôt au Sénégal ?

Mangera-t-on bientôt des pâtes, du couscous des biscuits fabriqués à partir de blé dur produit au Sénégal ? C’est le pari en passe d’être réussi par une équipe de chercheurs qui travaillent sur des semences non OGM adaptées au climat.

Dans le nord du Sénégal, dans la désormais célèbre vallée du riz, à côté de Podor, le professeur Madiama Cissé et ses collègues de l’Institut sénégalais de recherche agricole plantent, observent, replantent, analysent différentes espèces de blé dur depuis 4 ans. « On sélectionne à chaque génération, résistance au manque d’eau, à la chaleur, aux insectes, on récupère les meilleures caractéristiques. Aujourd’hui, la réussite est là », constate-t-il.

Les chercheurs, appuyés par des équipes venues d’Espagne et d’Italie, sont désormais sur le point d’homologuer plusieurs espèces de blé dur qui résistent à des températures de 35 à 40 degrés, une véritable prouesse, car des essais, des études sont menées depuis plus de 30 ans dans toute la zone sahélienne, sans résultats jusque-là, souvent par faute de moyens financiers. « Nous avons fait évoluer des semences venues d’Égypte. Là-bas, elles poussent en 120 jours, ici les rendements sont équivalents au bout de 90 jours », explique le professeur.

200 millions de dollars de revenus potentiels

Quatre-vingt-dix jours, 3 mois qui correspondent exactement à la période de battement entre les deux saisons de culture du riz. « Entre novembre et mars, les agriculteurs pourraient donc faire pousser ce blé dur et engager le développement d’une filière locale ». Une filière qui pourrait produire chaque année 600 000 tonnes de blé dur et générer à terme plus de 200 millions de dollars de revenus pour le secteur agricole et permettre la production locale de pâtes, de couscous. Et limiter donc les importations.

Le plus difficile reste désormais de convaincre les paysans de se lancer. Il faudra pour cela professionnaliser, financer le secteur. Le blé dur a enfin des qualités nutritionnelles, il contient cinq fois plus de protéines, de vitamines, de minéraux que le riz. Cette production pourrait ainsi, en plus d’apporter des gains importants, améliorer les régimes alimentaires autant en ville que dans les zones reculées.

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