Madické Niang sera t-il finalement le candidat du PDS ?

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Fidèle du clan Wade, Madické Niang pourrait incarner le fameux plan B qui permettrait au PDS d’avoir un candidat à la présidentielle de février prochain. Mais l’ancien chef de l’État soit d’accord…

Compte tenu des relations que nous avions, j’étais en droit de penser qu’il n’aurait jamais choisi le coup de poignard dans le dos. » La phrase, pleine de colère et d’amertume, est signée Abdoulaye Wade. Tirée d’une lettre écrite à Dubaï le 10 septembre, elle vise un fidèle parmi les fidèles : Madické Niang. Un ami de trente ans ou presque, plusieurs fois ministre.

Mais en plein débat sur la candidature compromise de son fils Karim à la présidentielle de 2019, Abdoulaye Wade est sur la défensive et a acquis la certitude que son lieutenant manoeuvrait en coulisses pour que le Parti démocratique sénégalais (PDS) se choisisse un nouveau champion. Il aura fallu que Madické Niang proteste publiquement de son innocence, invoquant le nom du fondateur de la confrérie des mourides, Cheikh Ahmadou Bamba, pour que l’ancien président accepte de classer l’affaire, ramenant l’épisode au rang de « regrettable incident ».

Tout ça, c’est de l’histoire ancienne, affirme aujourd’hui un proche de Niang. Ils échangent à nouveau beaucoup, comme ils le faisaient auparavant. ”  Il faut dire que jamais jusqu’à présent les deux hommes n’avaient laissé entrevoir la moindre divergence en place publique. Madické Niang, 65 ans, est le président du groupe PDS à L’Assemblée nationale. Il est considéré comme l’homme de confiance de Wade, l’un de ses plus proches collaborateurs. Celui avec lequel l’ancien président va « le plus en profondeur sur les dossiers sensibles », raconte un baron du PDS.

En juin 2016, quand Karim Wade est sur le point d’être libéré de la prison de Rebeuss, c’est Madické Niang qui est au coeur des discrètes tractations menées avec les autorités sénégalaises et qataries pour exfiltrer le détenu le plus célèbre du pays vers le petit émirat. C’est encore lui qui accueille ensuite Karim Wade en pleine nuit, dans sa villa des Almadies, avant que celui-ci ne s’envole pour Doha. Et quand Abdoulaye et son épouse Viviane séjournent au Sénégal, c’est dans une autre villa dakaroise de cet avocat fortuné, dans le quartier cossu de Fann Résidence, qu’ils posent leurs bagages.

Liens intimes

Il faut remonter aux années 1980 pour comprendre l’intimité des liens qui unissent Madické Niang au clan Wade. À l’époque, Abdoulaye Wade est un opposant virulent à Abdou Diouf. Il multiplie les critiques contre le régime socialiste et, par conséquent, les séjours en prison. Natif de Saint-louis, le jeune Niang vient de prêter serment au barreau de Dakar et évolue dans les réseaux d’opposition. « En 1985, Wade avait été arrêté lors d’une manifestation pour la libération de Nelson Mandela. Madické Niang, qui militait pour la défense des droits de l’homme, s’était porté volontaire pour le défendre. Wade l’a rapidement repéré et ne l’a plus lâché », se rappelle El Hadj Amadou Sall, lui aussi avocat et intime de l’ancien président.

Au fil des ans, la complicité grandit entre le leader de l’opposition et son cadet, qui l’assiste dans toutes les affaires judiciaires où son nom est cité. « Me Niang » fait aussi office de conseiller spécial. En 1991, il est au coeur du rapprochement entre son client et Abdou Diouf, qui débouchera sur la formation d’un gouvernement d’union nationale. Leur relation sera encore renforcée par la retentissante affaire de l’assassinat du juge Babacar Seye, en 1993, dans laquelle Madické Niang défendra bec et ongles le patron du PDS.

Les premières années, l’avocat se tient en retrait des instances dirigeantes du parti. Ce qui n’empêche pas cet amateur de beaux costumes aux affaires florissantes de mettre la main à la poche pour soutenir la cause. « Il faisait partie des contributeurs, témoigne Modou Diagne Fada, qui était alors à la tête de la section des jeunes de la formation jaune et bleue. Au milieu des années 1990, je me rendais parfois à son cabinet, et il nous donnait de quoi financer nos activités. »

Madické Niang ne devient véritablement un cacique du PDS qu’après l’alternance, en 2000. Suivront plusieurs postes de ministre durant les deux mandats de Wade: Habitat, Énergie, Industrie, Justice et, enfin, Affaires étrangères. Dans les rangs libéraux, beaucoup le décrivent comme un « diplomate dans l’âme », affable et courtois. « Madické est un peu l’ami de tout le monde, résume Babacar Gaye, porte-parole du parti. Il sait comment arrondir les angles et éteindre les conflits. » Médiateur de l’ombre, il aura de longues discussions avec plusieurs de ceux qui avaient espéré qu’abdoulaye Wade les choisisse pour lui succéder.

« Karim ou rien »

L’intéressé se voit-il aujourd’hui lui-même en successeur d’abdoulaye Wade? « Personne n’ignore les ambitions présidentielles de Madické, à commencer par le chef [du PDS] », répond une figure du parti. De fait, voilà plusieurs mois que ses proches font pression pour qu’il prenne la relève de Karim Wade. Entre ces partisans d’une candidature de secours – incarnée par Madické Niang ou un autre – et ceux de la ligne dure du « Karim ou rien », le clivage devient de plus en plus apparent. « Abdoulaye Wade ne peut ignorer les tensions actuelles ni faire l’économie d’un débat interne sur un éventuel plan B », glisse un baron du PDS.

De son côté, Madické Niang marche désormais sur des oeufs. S’il entend vraiment devenir candidat du PDS, il lui faudra obtenir l’accord de Wade père sans donner l’impression de vouloir prendre la place du fils… « Il n’a jamais voulu faire d’ombre à Karim et continuera à se battre pour qu’il soit notre candidat, comme le parti l’a décidé, souffle-t-on prudemment dans son entourage. Mais nous ne pouvons pas non plus nous retrouver sans candidat à la présidentielle face à Macky Sall. Il faut donc dès maintenant réfléchir à des solutions de rechange. » Qu’en pense le tempétueux Wade père ? Nul ne le sait, mais le temps presse : la date limite de dépôt des candidatures a été fixée au 26 décembre.

 

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