PRESIDENTIELLE : Vers un second mandat certain ?

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Une victoire à l’issue du premier tour, voilà ce que vise le président sortant à l’élection du 24 février. Et si l’opposition, plutôt clairsemée, lui permettait de gagner ce pari.

Dans un pays friand de débat démocratique, le président sortant n’a pas (encore) donné son accord à sa participation au fameux débat auquel le #SunuDebat a réussi à attirer les quatre autres candidats retenus par le Conseil constitutionnel. Pire, il semble même parti pour refuser d’en être. Cette attitude peut paraître surprenante, mais elle peut s’expliquer. Macky Sall est le seul de tous les candidats à avoir occupé à la fois les plus hautes fonctions exécutives (président de la République et Premier ministre), mais aussi la plus haute fonction législative (président de l’Assemblée nationale). À son actif, il a de nombreuses années au pouvoir et surtout il a le bilan de son septennat à défendre et une deuxième étape de sa stratégie (le plan Sénégal émergent) à promouvoir auprès des électeurs. Dans un tel contexte, il y a lieu de parier que derrière son refus, il y a surtout la volonté de ne pas présidentialiser des adversaires plutôt en ordre dispersé et donc de se donner les moyens de gagner dès le premier tour.
Un décor électoral qui ne plaît pas à l’opposition…

Donc, face à celui qui entend conduire la deuxième phase (2019-2023) de son plan Sénégal émergent, les quatre adversaires, rescapés du nouveau système de parrainages et des décisions judiciaires qui ont éliminé des rivaux de poids, espèrent un second tour, à commencer par l’ancien Premier ministre Idrissa Seck. Devant la difficulté de la tâche, l’opposition ne manque pas de dénoncer l’invalidation des candidatures de Karim Wade, fils et ancien ministre du prédécesseur de Macky Sall, Abdoulaye Wade (2000-2012), et du maire déchu de Dakar Khalifa Sall, dissident du Parti socialiste (PS), tous deux frappés par des condamnations judiciaires. Côté logistique, le 24 février, les bureaux de vote doivent ouvrir à 8 heures et fermer leurs portes à 18 heures GMT. Les premiers résultats sont attendus dans les médias dès la fermeture des bureaux, mais ne deviendront officiels qu’à partir du 25 ou du 26 février. Compte tenu des délais légaux de leur proclamation et de possibles contestations, un éventuel second tour se tiendrait vraisemblablement le 10 ou le 17 mars.

Domination de la famille libérale

Le Sénégal, qui a connu deux alternances, en 2000 et en 2012, et aucun coup d’État, fait figure de modèle démocratique en Afrique, mais les campagnes électorales y sont souvent émaillées d’accusations de corruption, de désinformation et de violences. Des affrontements ont fait deux morts le 11 février à Tambacounda, à 420 kilomètres à l’est de Dakar, entre partisans de la coalition présidentielle et du candidat du Parti de l’unité et du rassemblement (PUR), Issa Sall, proche de la mouvance religieuse. Les deux autres candidats sont l’ancien inspecteur des impôts Ousmane Sonko et l’ancien ministre Madické Niang. Pour la première fois depuis 1978, ni le PS ni le Parti démocratique sénégalais (PDS, libéral) d’Abdoulaye Wade ne présentent leur propre candidat. Mais la famille libérale est particulièrement bien représentée, avec Macky Sall, Idrissa Seck et Madické Niang, tous trois issus du PDS.

Tandem Seck-Sall et retour d’Abdoulaye Wade

La campagne, qui a vu les candidats sillonner le pays avant de regagner Dakar pour la dernière semaine, a été marquée par le partenariat avec Idrissa Seck annoncé de sa prison par Khalifa Sall et le retour au pays de l’ex-président Wade, décidé à empêcher une élection « verrouillée » par son successeur. Abdoulaye Wade a appelé à brûler le matériel électoral et à s’attaquer aux bureaux de vote, une « attitude de subversion » dénoncée par le gouvernement, mais dont le ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye a minimisé la portée. « Dans ce pays-là, on ne peut pas, on ne peut plus truquer des élections », a d’ailleurs assuré le ministre. Si le partenariat avec l’ex-maire de Dakar a conforté, dans son statut de principal concurrent de Macky Sall, Idrissa Seck, candidat pour la troisième fois, après les ralliements de recalés du système de parrainages, dont deux anciens Premiers ministres, le pouvoir mise sur son bilan, notamment en termes d’infrastructures.
Prime aux réalisations et à la stabilité politique

« L’autoroute à péage Ila Touba, le pont de Farafenni, les bourses familiales, la CMU (couverture maladie universelle) », a énuméré Badré Diouf, un électeur interrogé sur les raisons de son soutien au président sortant, lors d’un meeting à Kaolack (centre), citant quelques-uns des chantiers achevés sous son mandat. Lors de son investiture le 1er décembre, en présence des présidents ivoirien Alassane Ouattara, gambien Adama Barrow, libérien George Weah, mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et du Premier ministre bissau-guinéen Aristide Gomes, Macky Sall s’est engagé à amener le Sénégal « plus loin et plus haut ».

Le pays, musulman à plus de 90 %, réputé pour sa tolérance religieuse et le poids des confréries, a jusqu’à présent été épargné par les attentats djihadistes qui ont frappé d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Mais il a renforcé sa sécurité ainsi que sa législation, parfois au prix d’atteintes aux libertés, selon des organisations de défense des droits de l’homme. Un étudiant a été condamné cette semaine à trois mois de prison avec sursis pour « apologie du terrorisme » sur Facebook, après plus de quatre ans de détention provisoire. Pour Astou Fall, une commerçante de Bambey (centre-ouest), quel que soit le vainqueur du scrutin, l’essentiel est la stabilité du pays. « Je ne me casse pas la tête avec la politique », a-t-elle expliqué. « Que le meilleur gagne et que la paix perdure, nous tenons à notre stabilité nationale. »

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